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LA FRANCE VUE D'ICI

LA FRANCE VUE D’ICI est aujourd’hui un fonds documentaire consistant et précis, inimaginable il y a trois ans quand ce projet commun à ImageSingulières et Mediapart fut lancé. Reportage, approche plus plasticienne parfois, argentique ou numérique, le projet mélange styles et formes sans a priori.

Il a fallu pour cela trouver des moyens financiers. Le financement participatif fut notre premier levier. Entre 2014 et 2016, trois collectes sur la plateforme KissKissBankBank ont permis, grâce à quelque 1000 donateurs, de réunir plus de 60 000 euros. Mediapart s’étant engagé à développer le site LA FRANCE VUE D’ICI, ces 60 000 euros ont servi à payer des droits d’auteur aux photographes. À l’ouverture du site, en septembre 2014, seuls quatre photographes étaient représentés : Yohanne Lamoulère et sa chronique quasi quotidienne des quartiers nord de Marseille. Pablo Baquedano, qui se préparait à documenter quatre saisons dans les Ardennes. Vladimir Vasilev et ses tribus de pêcheurs, de zadistes et autres marginaux. Et Jacob Chetrit qui s’installa dans une famille Rom logée en HLM à Toulouse. Les 22 autres photographes sont arrivés à l’issue de quatre appels à projets et d’une sélection par une commission que nous avons voulue davantage ouverte aux préoccupations sociales qu’à celles des photographes. Outre Gilles Favier et Valérie Laquittant (pour ImageSingulières), François Bonnet et Sophie Dufau (pour Mediapart), elle se regroupait autour d’un noyau de fidèles : Julie Corteville, à l’époque conservatrice en chef du Musée Français de la Photographie, à Bièvres dans l’Essonne ; Laurent Davezies professeur au Conservatoire national des arts et métiers, titulaire de la chaire « économie et développement des territoires », professeur à Sciences-Po et auteur de La Crise qui vient (ed. Seuil 2012)) ; Pierre Schoeller, réalisateur de L’exercice de l’Etat (2011), mais aussi de Zéro Defaut en 2003 sur la vie de trois ouvriers de l’automobile.



LE SITE DU PROJET

Au total, plus de 1000 candidatures de photographes ont été reçues à l’occasion des quatre réunions de cette commission. Les choix furent donc âprement discutés, l’écriture photographique devant appuyer la pertinence du projet et la diversité des territoires. Il y eu aussi des désirs jamais comblés : documenter la classe dirigeante, le travail tertiaire, le monde connecté. Soit parce que les propositions étaient par trop caricaturales ou conceptuelles, soit qu’elles ne semblaient pas pouvoir être menées à terme, les rares candidatures furent écartées. Mais d’autres ont surgi, comme le travail sur la gare Saint-Lazare à Paris : quoi de plus pertinent pour mesurer l’impératif de mobilité de nos sociétés que de saisir dans une foule de quai de gare, la course de l’un, la fatigue de l’autre, l’empressement d’une autre. Un regard, un parti pris, et le temps nécessaire à une plongée dans cet univers : les vertus du documentaire. Aujourd’hui vient le temps de la restitution. Du site internet, ces photos se couchent sur papier, se promènent dans un film. Elles s’accrocheront aussi sur les murs des gares et des villes, en France et à l’étranger, à l’occasion d’expositions que nous souhaitons les plus ouvertes possibles. Pour que de la France du début du XXIe siècle, on se souvienne du visage de Lorie, ouvrière à la coopérative maritime du Guilvinec ; des amours de Melissa et Mehdi, jeunes lycéens de la Somme ; des clients du Zanzi-bar qui, autour de Zaza la patronne, n’oublient jamais qu’il y a des lieux chaleureux où l’on peut laisser le paraître à l’entrée… Loin des images d’un pays rance, fossilisé ou déclinant, celles d’un pays vivant.

Sophie Dufau (Mediapart) et Gilles Favier (ImageSingulières)
critique d’art