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VU D'ESPAGNE

EXPOSITION COLLECTIVE
ESPAGNE


  Chais des Moulins


Toute aventure reflète, si elle n’est pas seul calcul, les engagements, les parcours, les choix de ceux qui les animent.

Les hasards ont fait que VU’ ait été à ses débuts dirigée par un hispanisant à un moment où la photographie espagnole était aussi riche qu’absente de la scène internationale. Ouka Leele, avec ses compositions surréalisantes, faisait partie dès les débuts des membres d’une agence qui s’adressait à la presse !

Qu’ils aient essentiellement produit sous le franquisme comme Ricard Terré ou Virxilio Viéitez, qu’ils aient été résolument contemporains comme Isabel Muñoz, Cristina García-Rodero, Juan Manuel Castro Prieto, José Manuel Navia, Chema Madoz, ainsi que quelques autres qui, comme Juanxu Rodriguez ou Koldo Chamorro ont collaboré brièvement, ils ont trouvé dans l’agence un premier soutien pour faire connaître leur travail à l’étranger. Dans leur diversité de styles et de propos, du photojournalisme aux expérimentations formelles, ils ont enrichi une structure qui a toujours donné, comme elle le fit en signant dès 1988 des contrats avec les photographes chinois qui documenteront les événements de la place Tianmen l’année suivante, une place importante aux regards des talents locaux.


Juan Manuel Castro Prieto

Economiste de formation c’est d’abord par le côté technique de la photographie qu’il a été attiré ou, en tout cas, qu’il s’est fait connaître. Remarquable tireur il a réalisé et continue à réaliser pour beaucoup les épreuves de collection et d’exposition des plus importants photographes espagnols.
Pendant longtemps il n’a rien montré de son travail personnel et la découverte de son travail sur le Pérou lors du festival PhotoEspaña en 2001 le place immédiatement parmi les auteurs importants. Ce travail est le résultat de dix années de voyages dans un pays découvert lorsque Castro Prieto alla à Cuzco pour réaliser à partir des plaques originales les tirages qui allaient nous permettre de découvrir le grand portraitiste Martin Chambi.
On pourrait dire que le photographe est un voyageur qui, mettant à profit sa maitrise de tous les formats, de tout le matériel, invente une rare liberté de ton pour, en rectangle ou en carré, à la chambre ou avec des appareils légers, en noir et blanc comme en couleurs, sait alterner portraits, paysages, scènes de genre toujours nimbés d’une émotion sensible.
En Ethiopie comme lorsqu’il réalise une carte blanche à Sète, à Cuenca ou en Andalousie, le photographe sait donner une ample respiration à un travail vibrant, parfois étrange, comme cette immense relecture de l’histoire de l’art qu’il a entreprise dans les musées dont il interprète de façon non conventionnelle peintures et sculptures qui deviennent méconnaissables.
Sa série « Extaños », dans laquelle il nous entraîne dans des jeux visuels « étranges » qui sont des prétextes à réfléchir sur la photographie et sa nature donne une dimension littéraire et surréalisante à l’ensemble de l’œuvre.
Alberto García-Alix

Ce n’était pas le projet, mais le résultat est pourtant là indéniable. En photographiant au quotidien ses amis, ses copains motards, ses conquêtes, ses chaussures, celles de ses ami(e)s, son visage, son corps tatoué, quelques éclats de lumière et aussi quelques chiens, il a dressé le meilleur portrait de la movida madrilène. Il appartenait à cette jeunesse qui attendait la mort de Franco et qui s’exprima par l’image, au cinéma comme en photographie, dans le design, le graphisme, la peinture, à cette jeunesse qui aimait fumer des joints et oser parfois davantage, qui aimait l’alcool et le sexe et voulait le dire de plus en plus fort, le revendiquer.
Parler fort n’est pourtant pas ce qui caractérise un Alberto Garcia Alix dont les principales caractéristiques – en tout – pourraient bien être la tendresse et la nécessité des choses faites, dites, assumées. Il suffit de regarder ses cadrages pour ressentir qu’il n’y a jamais rien de forcé dans cette élégance naturelle, dans cette fluidité qui donne de la noblesse à n’importe quel « sujet » regardé et il suffit de se laisser porter par la finesse des gris et par le modelé souple des tirages pour savoir qu’il n’y a, dans tout cela, qu’une absolue nécessité à respirer au rythme des images qui viennent.
Tout l’œuvre, même s’il n’est pas conçu ainsi, est un autoportrait sans aucun narcissisme. L’écho des émotions que les rencontres, les hasards, au coin de la rue, en Chine ou au Chili ont permis d’inscrire sur la pellicule, de découvrir au réveil, de caresser à nouveau du regard puis de mettre au mur et au chaud.
Cristina García-Rodero

Dès le début des années soixante-dix cette professeure de dessin se consacre à la documentation des fêtes et rituels traditionnels dont elle perçoit parfaitement qu’ils vont soit disparaître soit être folklorisés. Elle s’attache, dans toute l’Espagne, aux pratiques qui conservent trace des anciennes croyances liées aux astres et que la religion catholique a intégrées. Processions, rendez-vous du mois de mai, carnavals, mais aussi fêtes de l’eau, du vin ou de la tomate la voient revenir, inlassablement, d’années en années, afin de capturer les photographies les plus précises possibles. Elle réalise ainsi une documentation unique, chronique aussi bien les confréries, les danses, les nombreuses activités liées au taureau et inventorie costumes et bijoux traditionnels.
Lorsque l’exposition et le livre España Occulta (Espagne Occulte) sont finalisés en 1989 nombre de ces rendez-vous qui rythmaient l’année dans la péninsule ont déjà disparu et bien d’autres ne sont plus que des appâts pour touristes, vidés de leur sens profond.
Dépassant cette intense période hispanique mais continuant à pratiquer la photographie sur le mode de la recherche permanente de l’image juste et des perpétuels retours sur le terrain la photographe a développé une grande fresque sur Haïti, entre rituels de l’eau et de la boue. Un travail qui dialogue avec sa connaissance de la sculpture.
D’Amérique du sud en Inde et en repassant par l’Europe elle poursuit, depuis bientôt vingt ans une recherche sur le corps aujourd’hui. Le corps dans des sociétés en mutation, le corps confronté au sacré et à sa perte, aux rituels et au quotidien.
Chema Madoz

Il est un formidable illusionniste. Celui qui réalise depuis des décennies des « natures mortes » dont la caractéristique essentielle est d’agiter les idées et de donner vie aussi bien à la fantaisie qu’à la poésie. Ce remarquable technicien joue de son savoir faire pour mettre en œuvre, en dialoguant avec une tradition surréaliste bien ibérique, des idées, parfois saugrenues, qu’il visualise. Donner à voir les idées, quelque paradoxal que cela puisse sembler, est bien l’objet de ce travail incessant, précis, presque maniaque, qui se joue des échelles et comporte pourtant une belle dose d’humour.
Fondées généralement sur des jeux de mots, implicites ou bien visibles dans la construction, ces photographies savantes explorent inlassablement des thématiques qu’elles renouvellent sans cesse. Il en est ainsi du livre, des allumettes et du feu, des constellations, du voyage, de l’eau et, surtout, de la musique qui semble être une inspiration sans limites. Il suffit parfois du rapprochement de deux objets pour que surgisse une question, soudain évidente. Parfois, à partir de l’idée, il faut construire l’objet qui l’évoquera. Mais, dans tous les cas, ils seront photographiés en studio, sans effet, de façon aussi professionnelle que « neutre ».
En nous séduisant par des images ludiques, Chema Madoz interroge sérieusement nos crédulités face à la photographie. Que voyons nous et que voulons nous voir ? Pourquoi avons-nous le désir, l’envie, de croire tout ce que ces photographies semblent nous montrer ? C’est évidemment mieux quand c’est dit avec un joli sourire.
Isabel Muñoz

Elle a, pendant longtemps, dissimulé l’objet réel de son travail derrière l’impeccable et élégante présentation de séries explorant danses et pratiques sportives. Dans ce qu’elles avaient de plus authentique, de plus culturel, du tango et du flamenco à la lutte turque ou à la capoeira en passant par le ballet classique, la tauromachie, les moines combattants de Shao Lin, les Apsaras du Cambodge ou la danse du ventre. Peu à peu, elle a également abordé, en Egypte, en Andalousie, au Cambodge, l’architecture en sélectionnant des motifs qui renvoyaient au corps.
Ces images, d’abord en noir et blanc, en couleur également pour certaines séries, elle les a tirées, en grand format, au platine. Pas pour revenir avec nostalgie à des techniques anciennes décoratives, pas pour repousser ses limites techniques : pour que les objets soient en accord avec le propos fondamental du travail. Le choix de la technique de tirage qui fait se fondre le grain de peau, celui de la pellicule et celui de l’épreuve finale dans un velouté sensuel est un aveu. Isabel Muñoz explore, jusque dans ses limites, le corps, l’érotisme, le désir.
Elle s’attache à ce qu’à de culturel et d’évolutive une conception du corps et du plaisir qu’elle recherche partout dans le monde. Mais cette grande voyageuse est capable, lorsque la situation l’exige, de repousser une série en cours pour se concentrer sur des urgences. Elle l’a fait au Cambodge en documentant la situation des fillettes livrées à la prostitution, elle vient de le faire au Congo en donnant la priorité aux femmes utilisées comme arme de guerre avant de se concentrer sur les grands singes qui la fascinent.
Ricard Terré

Il fut membre du groupe AFAL qui, sous le franquisme, réunit pendant quelques temps les plus intéressants des photographes espagnols, ceux qui, malgré l’isolement qui leur était imposé, menaient à la fois une réflexion de fond et développaient une recherche plastique. Mais il est totalement à part, tant par le fait qu’il s’est, dès ses débuts, centré sur des thématiques comme les pèlerinages et processions qu’il aborde par leur aspect noir, tragique, et débarrasse des points de vue ethnographiques ou anecdotiques que par la permanence de son approche formelle.
Au début des années soixante, le catalan qui a quitté sa région d’origine pour la Galice abandonne la photographie, certainement déçu de ne pas être compris lorsqu’il réalise d’ambitieuses expositions pour lesquelles il joue spectaculairement sur les formats. Il ne reprendra des appareils qu’en 1982, lorsqu’il prendra sa retraite. Il retourne alors vers les processions, chronique une institution pour enfants handicapés et, étonnamment, retrouve exactement le même sens des compositions dynamiques, des cadrages précis et secs, et l’absence de sentimentalisme de ses débuts. La période d’interruption de plus de vingt ans n’est pas visible.
Durant les dernières années, tout en rééditant ses planches contact et en réalisant deux séries complètes de tirages de son œuvre, il travaille de petites séries poétiques et philosophiques. Entre autres « La petite mort des petites choses », natures mortes trouvées d’objets perdus et détériorés ou un bel ensemble de « portraits » de statues abandonnées dans les combles des églises.
Virxilio Viéitez

À soixante-huit ans Virxilio Vieitez n’avait jamais exposé.
C’est à la Fotobienal de Vigo de 1998 que ses photographies, tirées pour la première fois en grand format, ont été présentées au public. Jusqu’alors elles n’avaient connu que le sort ordinaire des images commandées pour un usage familial à un photographe professionnel tenant boutique dans une toute petite ville de Galice. Virxilio Vieitez a en effet été, de 1957 aux années 70 le photographe de Soutelo de Montes, la ville où il est né en 1930. Il a réalisé là des portraits aussi bien pour les cartes d’identité que pour les albums de famille, des photographies de veillées mortuaires ou de mariages, des scènes de fêtes ou des images de groupes, de premières communiantes aussi bien que d’un cirque ambulant.
Un travail d’artisan modeste, appliqué, soigneux, qui faisait poser des modèles en extérieur parce qu’il trouvait le studio ennuyeux et qui les installait avec fermeté pour composer des images qu’il immortalisait en économisant la pellicule au point de ne jamais réaliser plus de deux clichés d’un même motif.
Cet autodidacte de la photographie est pourtant une révélation de tout premier plan. La pureté de son travail, son sens de la pose, son attention aux regards, sa façon de construire l’espace et de trouver la distance juste, respectueuse et attentive, composent un ensemble qui évoque immanquablement les plus grands portraitistes de l’histoire de la photographie. On pense à Auguste Sander, à Paul Strand, à Diane Arbus, à Walker Evans, à Dorothea Lange, à Irving Penn, à Richard Avedon. Et, finalement, inexplicable, magique, reste son regard spontané et généreux, l’expression brute d’une sensibilité instinctive et d’une merveilleuse intelligence de la photographie. Virxilio Vieitez ne connaît aucun des grands noms auxquels son travail nous fait penser. Il nous fait simplement le cadeau d’une vision pure d’un région isolée et pauvre de l’Espagne franquiste.
VERNISSAGE

MERCREDI 04 MAI 2016 - 19H
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VISITE

JEUDI 05 MAI 2016 - 14H
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